nergie physique
qui semblait exclure la de?
qui semblait exclure la de?
Madame de Stael - De l'Allegmagne
die d'un grand inte?
re^t, intitule?
e les
Jumeaux. La rage qu'e? prouve celui des deux fre`res qui passe
pour le cadet, sa re? volte contre un droit d'ai^nesse, l'effet d'un
instant, est admirablement peinte dans cette pie`ce : quelques
e? crivains ont pre? tendu que c'est a` ce genre de jalousie qu'il faut
attribuer le destin du masque de fer : quoi qu'il en soit, on
comprend tre`s-bien comment la haine que le droit d'ai^nesse
peut exciter doit e^tre plus vive entre des jumeaux. Les deux
fre`res sortent tous les deux a` cheval; on attend leur retour. Le
jour se passe sans qu'ils reparaissent ; mais le soir on aperc? oit de
loin le cheval de l'ai^ne? qui revient seul dans la maison du pe`re:
une circonstance aussi simple ne pourrait gue`re se raconter
dans nos trage? dies, et cependant elle glace le sang dans les
veines : le fre`re a tue? le fre`re; et le pe`re, indigne? , venge la
mort d'un fils sur le dernier qui lui reste. Cette trage? die, pleine
de chaleur et d'e? loquence, ferait, ce me semble, un effet prtfdi-
gieux, s'il s'agissait de personnages ce? le`bres; mais on a dela
peine a` concevoir des passions si violentes pour l'he? ritage d'un
cha^teau sur le bord du Tibre. On ne saurait trop le re? pe? ter, il
faut, pour la trage? die, des sujets historiques ou des traditions
religieuses qui re? veillent de grands souvenirs dans l'a^me des
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:49 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? PIECES DU THEATRE ALLEMAND. 3||
spectateurs; car, dans les fictions, comme dans la vie, l'ima-
gination re? clame le passe? , quelque avide qu'elle soit de l'avenir.
Les e? crivains de la nouvelle e? cole litte? raire en Allemagne
ont plus que tous les autres du grandiose dans la manie`re de
concevoir les beaux-arts; et toutes leurs productions, soit qu'elles
re? ussissent ou non sur la sce`ne, sont combine? es d'apre`s des
re? flexions et des pense? es dont l'analyse inte? resse; mais on n'a-
nalyse pas au the? a^tre, et l'on a beau de? montrer que telle pie`ce
devrait re? ussir, si le spectateur reste froid, la bataille dramatique
est perdue; le succe`s, a` quelques exceptions pre`s, est dans les
arts la preuve du talent; le public est presque toujours un juge
de beaucoup d'esprit, quand des circonstances passage`res n'al-
te`rent pas son opinion.
La plupart de ces trage? dies allemandes, que leurs auteurs
me^mes ne destinent point a` la repre? sentation, sont ne? anmoins
de tre`s-beaux poe`mes. L'un des plus remarquables c'est Gene-
vie`ve de Brabant, dont Tieck est l'auteur: l'ancienne le? gende
qui fait vivre cette sainte dix ans dans un de? sert, avec des her-
bes et des fruits, n'ayant pour son enfant d'autres secours que
le lait d'une biche fide`le, est admirablement bien traite? e dans ce
roman dialogue? . La pieuse re? signation de Genevie`ve est peinte
avec les couleurs de la poe? sie sacre? e; et le caracte`re de l'homme
qui l'accuse, apre`s avoir voulu vainement la se? duire, est trace?
de main de mai^tre; ce coupable conserve au milieu de ses cri-
mes une sorte d'imagination poe? tique qui donne a` ses actions,
comme a` ses remords, une originalite? sombre. L'exposition de
cette pie`ce se fait par saint Boniface, qui raconte ce dont il s'a-
git, et de? bute en ces termes: << Je suis saint Boniface , qui viens
ici pour vous dire, etc. >> Ce n'est point par hasard que cette
forme a e? te? choisie par l'auteur ; il montre trop de profondeur
et de finesse dans ses autres e? crits, et en particulier dans l'ou-
vrage me^me qui commence ainsi, pour qu'on ne voie pas claire-
ment qu'il a voulu se faire nai? f comme un contemporain de Ge-
nevie`ve; mais, a` force de pre? tendre ressusciter l'ancien temps,
on arrive a` un certain charlatanisme de simplicite? qui fait rire ,
quelque grave raison qu'on ait d'ailleurs pour e^tre touche? . Sans
doute il faut savoir se transporter dans le sie`cle que l'on veut
peindre; mais il ne faut pas non plus entie`rement oublier le sien.
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:49 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? 312 l'UCCES DU THE? A^TRE ALLEMAND.
La perspective des tableaux, quelque soit l'objet qu'ils repre? sen-
tent, doit toujours e^tre prise d'apre`s le point de vue des spec-
tateurs.
Parmi les auteurs qui sont reste? s fide`les a` l'imitation des an-
ciens, il faut placer Collin au premier rang. Vienne s'honore de
ce poete, l'un des plus estime? s en Allemagne, et peut-e^tre depuis
longtemps l'unique en Autriche. Sa trage? die de Re? gulus re? ussi-
rait en France, si elle y e? tait connue. Il y a dans la manie`re
d'e? crire de Collin un me? lange d'e? le? vation et de sensibilite? , de
se? ve? rite? romaine et de douceur religieuse, fait pour concilier le
gou^t des anciens et celui des modernes. La sce`ne de sa trage? die
de Polyxe`ne, ou` Calchas commande a` Ne? optole`me d'immoler la
fille de Priam sur le tombeau d'Achille, est une des plus belles
choses qu'on puisse entendre. L'appel des divinite? s infernales,
re? clamant une victime pour apaiser les morts, est exprime? avec
une force te? ne? breuse, une terreur souterraine qui semble nous
re? ve? ler des abi^mes sous nos pas. Sans doute on est sans cesse
ramene? a` l'admiration des sujets antiques, et jusqu'a` pre? sent
tous les efforts des modernes, pour tirer de leur propre fonds de
quoi e? galer les Grecs, n'ont point encore re? ussi; cependant il
faut atteindre a` cette noble gloire, car non-seulement l'imitation
s'e? puise, mais l'esprit de notre temps se fait toujours sentir
dans la manie`re dont nous traitons les fables ou les faits de
l'antiquite? . Collin lui-me^me, par exemple, quoiqu'il ait conduit
sa pie`ce de Polyxe`ne avec une grande simplicite? dans les pre-
miers actes, la complique vers la fin par une multitude d'inci-
dents. Les Franc? ais ont me^le? la galanteriedu sie`cle de Louis XIV
aux sujets antiques; les Italiens lestraitent souvent avec une
affectation ampoule? e; les Anglais, naturels en tout, n'ont imite? ,
sur leur the? a^tre, que les Romains, parce qu'ils se sentaient des
rapports avec eux. Les Allemands font entrer la philosophie
me? taphysique, ou la varie? te? des e? ve? nements romanesques,. dans
leurs trage? dies tire? es des sujets grecs. Jamais un e? crivain de
nos jours ne pourra parvenir a` composer de la poe? sie antique.
Il vaudrait donc mieux que notre religion et nos moeurs nous
cre? assent une poe? sie moderne, belle aussi par sa propre nature,
comme celle des anciens.
Un Danois, OEhlenschloeger, a traduit lui-me^me ses pie`ces eu
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? PIECES DU THEATRE ALLEMAND. 313
allemand. L'analogie des deux langues permet d'e? crire e? galement
bien dans toutes les deux, et de? ja` Baggesen, aussi Danois, avait
donne? l'exemple d'un grand talent de versification dans un
idiome e? tranger. On trouve dans les trage? dies d'OEhlenschloeger
une belle imagination dramatique. On dit qu'elles ont eu beau-
coup de succe`s sur le the? a^tre de Copenhague; a` la lecture, elles
excitent l'inte? re^t sous deux rapports principaux : d'abord , parce
que l'auteur a su quelquefois re? unir la re? gularite? franc? aise a` la
diversite? de situations qui plai^t aux Allemands, et secondement,
parce qu'il a repre? sente? d'une manie`re a` la fois poe? tique et vraie
l'histoire et les fables des pays habite? s jadis par les Scandi-
naves.
Nous connaissons a` peine le Nord, qui touche aux confins de
la terre vivante; les longues nuits des contre? es septentrionales,
pendant lesquelles le reflet de la neige sert seul de lumie`re a` la
terre; ces te? ne`bres qui bordent l'horizon dans le lointain, lors
me^me que la vou^te des cieux est e? claire? e par les e? toiles, tout
semble donner l'ide? e d'un espace inconnu, d'un univers nocturne
dont notre monde est environne? . Cet air, si froid qu'il conge`le le
souffle de la respiration, fait rentrer la chaleur dans l'a^me; et la
nature, dans ces climats, ne parai^t faite que pour repousser
l'homme en lui-me^me.
Les he? ros, dans les fictions de la poe? sie du Nord, ont quelque
chose de gigantesque. La superstition est re? unie, dans leur ca-
racte`re , a` la force, tandis que partout ailleurs elle semble le
partage de la faiblesse. Des images tire? es de la rigueur du climat
caracte? risent la poe? sie des Scandinaves : ils appellent les vau-
tours les loups de l'air; les lacs bouillants forme? s par les volcans
conservent pendant l'hiver les oiseaux qui se retirent dans l'at-
mosphe`re dont ces lacs sont environne? s: tout porte, dans ces
contre? es ne? buleuses, un caracte`re de grandeur et de tristesse.
Les nations Scandinaves avaient une sorte d'e?
nergie physique
qui semblait exclure la de? libe? ration, et faisait mouvoir la volonte?
comme un rocher qui se pre? cipite en bas de la montagne. Ce
n'est pas assez des hommes de fer de l'Allemagne, pour se faire
l'ide? e de ces habitants de l'extre? mite? du monde; ils re? unissent
l'irritabilite? de la cole`re a` la froideur perse? ve? rante de la re? solu27
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? 314 DE LA COME? DIE.
tion; et la nature elle-me^me n'a pas de? daigne? de les peindre en
poe`te, lorsqu'elle a place? dans l'Islande le volcan qui vomit des
torrents de feu du sein d'une neige e? ternelle.
OElenschloeger s'est cre? e? une carrie`re toute nouvelle, en pre-
nant pour sujet de ses pie`ces les traditions he? roi? ques de sa pa-
trie; et si l'on suit cet exemple, la litte? rature du Nord pourra
devenir un jour aussi ce? le`bre que celle de l'Allemagne.
C'est ici que je termine l'aperc? u que j'ai voulu donner des pie`-
ces du the? a^tre allemand, qui tenaient de quelque manie`re a` la
trage? die. Je ne ferai point le re? sume? des de? fauts et des qualite? s
que ce tableau peut pre? senter; il y a tant de diversite? dans les
talents et dans les syste`mes des poe`tes dramatiques allemands,
que le me^me jugement ne saurait e^tre applicable a` tous. Au reste,
le plus grand e? loge qu'on puisse leur donner, c'est cette diver-
site? me^me; car, dans l'empire de la litte? rature comme dans
beaucoup d'autres, l'unanimite? est presque toujours un signe
de servitude.
CHAPITRE XXVI.
De la come? die.
L'ide? al du caracte`re tragique consiste, dit W. Schlegel, dans
le triomphe que la volonte? remporte sur le destin, ou sur nos
passions; le comique exprime au contraire F'empire de l'ins-
tinct physique sur l'existence morale : de la` vient que par-
tout la gourmandise et lapoltronneriesont un sujet ine? puisable
de plaisanteries. Aimer la vie parai^t a` l'homme ce qu'il y a de
plus ridicule et deplus vulgaire, et c'est un noble attribut de
l'a^me que ce rire qui saisit les cre? atures mortelles, quand on leur
offre le spectacle d'une d'entre elles pusillanime devant la
mort. \
Mais quand on sort du cercle un peu commun de ces plaisan-
teries universelles , lorsqu'on arrive aux ridicules de l'amour-
propre, ils se varient a` l'infini, selon les habitudes et les gou^ts de
chaque nation. La gaiete? peut tenir aux inspirations de la nature
ou aux rapports de la socie? te? ; dans le premier cas, elle convient
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? DE LA COME? DIE. 315
aux hommes de tous les pays ; dans le second, elle diffe`re selon
les temps, les lieux et les moeurs; car les efforts de la vanite?
ayant toujours pour objet de faire impression sur les autres, il
faut savoir ce qui vaut le plus de succe`s dans telle e? poque et dans
tel lieu, pour connai^tre vers quel but les pre? tentions se dirigent:
il y a me^me des pays ou` c'est la mode qui rend ridicule, elle qui
semble avoir pour but de mettre chacun a` l'abri de la moquerie,
en donnant a` tous une manie`re d'e^tre semblable.
Dans les come? dies allemandes, la peinture du grand monde
est, en ge? ne? ral, assez me? diocre; il y a peu de bons mode`les
qu'on puisse suivre a` cet e? gard : la socie? te? n'attire point les
hommes distingue? s, et son plus grand charme, l'art agre? able
de se plaisanter mutuellement, ne re? ussirait point parmi eux;
on froisserait bien vite quelque amour-propre accoutume? a` vivre
en paix, et l'on pourrait facilement aussi fle? trir quelque vertu,
qui s'effaroucherait me^me d'une innocente ironie.
Les Allemands mettent tre`s-rarement en sce`ne dans leurs co-
me? dies des ridicules tire? s de leur propre pays; ils n'observent
pas les autres, encore moins sont-ils capables de s'examiner
eux-me^mes sous les rapports exte? rieurs; ils croiraient presque
manquer ainsi a` la loyaute? qu'ils se doivent. D'ailleurs la sus-
ceptibilite? , qui est un des traits distinctifs de leur nature, rend
tre`s-difficile de manier avec le? ge`rete? la plaisanterie; souvent ils
ne l'entendent pas, et quand ils l'entendent, ils s'en fa^chent, et n'osent pas s'en servir a` leur tour ; elle est pour eux une arme
a` feu qu'ils craignent de voir e? clater dans leurs propres mains.
On n'a donc pas beaucoup d'exemples en Allemagne de co-
me? dies dont les ridicules que la socie? te? de? veloppe soient l'objet.
L'originalite? naturelle y serait mieux sentie, car chacun vit a`
sa manie`re, dans un pays ou` le despotisme de l'usage ne tient
pas ses assises dans une grande capitale ; mais quoique l'on soit
plus libre sous le rapport de l'opinion en Allemagne qu'en An-
gleterre me^me, l'originalite? anglaise a des couleurs plus vives,
parce que le mouvement qui existe dans l'e? tat politique en An-
gleterre donne plus d'occasions a` chaque homme de se mon-
trer ce qu'il est.
Dans le midi de l'Allemagne , a Vienne surtout, on trouve
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? 316 DE LA COME? DIE.
assez de verve de gaiete? dans les farces. Le bouffon tyrolien Casperle a un caracte`re qui lui est propre; et dans toutes ces pie`-
ces , dont le comique est un peu vulgaire, les auteurs et les
acteurs prennent leur parti de ne pre? tendre en aucune manie`re
a` l'e? le? gance, et s'e? tablissent dans le naturel avec une e? nergie et
un aplomb qui de? jouent tre`s-bien les gra^ces recherche? es. Les Al-
lemands pre? fe`rent dans la gaiete? ce qui est fort a` ce qui est nuance? ;
ils cherchent la ve? rite? dans les trage? dies, et les caricatures dans
les come? dies. Toutes les de? licatesses du coeur leur sont connues;
mais la finesse de l'esprit social n'excite point en eux la gaiete? ;
la peine qu'il leur faut pour la saisir leur en o^te la jouissance.
J'aurai l'occasion de parler ailleurs d'iffland , le premier des
acteurs de l'Allemagne, et l'un de ses e? crivains les plus spiri-
tuels; il a compose? plusieurs pie`ces qui excellent par la pein-
ture des caracte`res; les moeurs domestiques y sont tre`s-bien
repre? sente? es, et toujours des personnages d'un vrai comique
rendent ces tableaux de famille plus piquants : ne? anmoins l'on
pourrait faire quelquefois a` ces come? dies le reproche d'e^tre trop
raisonnables; elles remplissent trop bien le but de toutes les
e? pigraphes des salles de spectacle : Corriger lesmoeurs enriant.
Il y a trop souvent des jeunes gens endette? s, des pe`res de fa-
mille qui se de? rangent. Les lec? ons de morale ne sont pas du
ressort de la come? die, et il y a me^me de l'inconve? nient a` les y
faire entrer; car lorsqu'elles y ennuient, on peut prendre l'habi-
tude de transporter dans la vie re? elle cette impression cause? e par
les beaux-arts.
Kotzebue a emprunte? d'un poe`te danois, Holberg, une co-
me? die qui a eu beaucoup de succe`s en Allemagne : elle est inti-
tule? e Don Ranudo Colibrados j c'est un gentilhomme ruine? qui
ta^che de se faire passer pour riche, et consacre a` des choses d'ap-
parat le peu d'argent qui suffirait a` peine pour nourrir sa famille
et lui. Le sujet de cette pie`ce sert de pendant et de contraste au
Bourgeois de Molie`re, qui veutse faire passer pour gentilhomme:
il y a des sce`nes tre`s-spirituelles dans le Noble pauvre ; et me^me
tre`s-comiques, mais d'un comique barbare. Le ridicule saisi
par Molie`re n'est que gai; mais au fond de celui que le poe`te da-
nois repre? sente, il y a un malheur re? el : sans doute-il faut
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? DE LA COMEDIE. 317
presque toujours une grande intre? pidite? d'esprit pour prendre
la vie humaine en plaisanterie, et la force comique suppose un
caracte`re au moins insouciant ; mais on aurait tort de pousser
cette force jusqu'a` braver la pitie? ; l'art me^me en souffrirait,
sans parler de la de? licatesse; car la plus le? ge`re impression d'a-
mertume suffit pour ternir ce qu'il y a de poe? tique dans l'abandon de la gaiete? .
Dans les come? dies dont Kotzebue est l'inventeur, il porte en
ge? ne? ral le me^me talent que dans ses drames, la connaissance du
the? a^tre et l'imagination qui faittrouver des situations frappantes.
Depuis quelque temps on a pre? tendu que pleurer ou rire no
prouve rien , en faveur d'une trage? die, ou d'une come? die; je
suis loin d'e^tre de cet avis : le besoin des e? motions vives est la
source des plus grands plaisirs cause? s par les beaux-arts; il ne
faut pas en conclurequ'on doive changerles trage? dies en me? lo-
drames, ni les come? dies en farces des boulevards; mais le ve? ri-
table talent consiste a` composer de manie`re qu'il y ait dans le
me^me ouvrage, dans la me^me sce`ne, ce qui fait pleurer ou rire
me^me le peuple, et ce qui fournit aux penseurs un sujet ine? -
puisable de re? flexion.
Jumeaux. La rage qu'e? prouve celui des deux fre`res qui passe
pour le cadet, sa re? volte contre un droit d'ai^nesse, l'effet d'un
instant, est admirablement peinte dans cette pie`ce : quelques
e? crivains ont pre? tendu que c'est a` ce genre de jalousie qu'il faut
attribuer le destin du masque de fer : quoi qu'il en soit, on
comprend tre`s-bien comment la haine que le droit d'ai^nesse
peut exciter doit e^tre plus vive entre des jumeaux. Les deux
fre`res sortent tous les deux a` cheval; on attend leur retour. Le
jour se passe sans qu'ils reparaissent ; mais le soir on aperc? oit de
loin le cheval de l'ai^ne? qui revient seul dans la maison du pe`re:
une circonstance aussi simple ne pourrait gue`re se raconter
dans nos trage? dies, et cependant elle glace le sang dans les
veines : le fre`re a tue? le fre`re; et le pe`re, indigne? , venge la
mort d'un fils sur le dernier qui lui reste. Cette trage? die, pleine
de chaleur et d'e? loquence, ferait, ce me semble, un effet prtfdi-
gieux, s'il s'agissait de personnages ce? le`bres; mais on a dela
peine a` concevoir des passions si violentes pour l'he? ritage d'un
cha^teau sur le bord du Tibre. On ne saurait trop le re? pe? ter, il
faut, pour la trage? die, des sujets historiques ou des traditions
religieuses qui re? veillent de grands souvenirs dans l'a^me des
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:49 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? PIECES DU THEATRE ALLEMAND. 3||
spectateurs; car, dans les fictions, comme dans la vie, l'ima-
gination re? clame le passe? , quelque avide qu'elle soit de l'avenir.
Les e? crivains de la nouvelle e? cole litte? raire en Allemagne
ont plus que tous les autres du grandiose dans la manie`re de
concevoir les beaux-arts; et toutes leurs productions, soit qu'elles
re? ussissent ou non sur la sce`ne, sont combine? es d'apre`s des
re? flexions et des pense? es dont l'analyse inte? resse; mais on n'a-
nalyse pas au the? a^tre, et l'on a beau de? montrer que telle pie`ce
devrait re? ussir, si le spectateur reste froid, la bataille dramatique
est perdue; le succe`s, a` quelques exceptions pre`s, est dans les
arts la preuve du talent; le public est presque toujours un juge
de beaucoup d'esprit, quand des circonstances passage`res n'al-
te`rent pas son opinion.
La plupart de ces trage? dies allemandes, que leurs auteurs
me^mes ne destinent point a` la repre? sentation, sont ne? anmoins
de tre`s-beaux poe`mes. L'un des plus remarquables c'est Gene-
vie`ve de Brabant, dont Tieck est l'auteur: l'ancienne le? gende
qui fait vivre cette sainte dix ans dans un de? sert, avec des her-
bes et des fruits, n'ayant pour son enfant d'autres secours que
le lait d'une biche fide`le, est admirablement bien traite? e dans ce
roman dialogue? . La pieuse re? signation de Genevie`ve est peinte
avec les couleurs de la poe? sie sacre? e; et le caracte`re de l'homme
qui l'accuse, apre`s avoir voulu vainement la se? duire, est trace?
de main de mai^tre; ce coupable conserve au milieu de ses cri-
mes une sorte d'imagination poe? tique qui donne a` ses actions,
comme a` ses remords, une originalite? sombre. L'exposition de
cette pie`ce se fait par saint Boniface, qui raconte ce dont il s'a-
git, et de? bute en ces termes: << Je suis saint Boniface , qui viens
ici pour vous dire, etc. >> Ce n'est point par hasard que cette
forme a e? te? choisie par l'auteur ; il montre trop de profondeur
et de finesse dans ses autres e? crits, et en particulier dans l'ou-
vrage me^me qui commence ainsi, pour qu'on ne voie pas claire-
ment qu'il a voulu se faire nai? f comme un contemporain de Ge-
nevie`ve; mais, a` force de pre? tendre ressusciter l'ancien temps,
on arrive a` un certain charlatanisme de simplicite? qui fait rire ,
quelque grave raison qu'on ait d'ailleurs pour e^tre touche? . Sans
doute il faut savoir se transporter dans le sie`cle que l'on veut
peindre; mais il ne faut pas non plus entie`rement oublier le sien.
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:49 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? 312 l'UCCES DU THE? A^TRE ALLEMAND.
La perspective des tableaux, quelque soit l'objet qu'ils repre? sen-
tent, doit toujours e^tre prise d'apre`s le point de vue des spec-
tateurs.
Parmi les auteurs qui sont reste? s fide`les a` l'imitation des an-
ciens, il faut placer Collin au premier rang. Vienne s'honore de
ce poete, l'un des plus estime? s en Allemagne, et peut-e^tre depuis
longtemps l'unique en Autriche. Sa trage? die de Re? gulus re? ussi-
rait en France, si elle y e? tait connue. Il y a dans la manie`re
d'e? crire de Collin un me? lange d'e? le? vation et de sensibilite? , de
se? ve? rite? romaine et de douceur religieuse, fait pour concilier le
gou^t des anciens et celui des modernes. La sce`ne de sa trage? die
de Polyxe`ne, ou` Calchas commande a` Ne? optole`me d'immoler la
fille de Priam sur le tombeau d'Achille, est une des plus belles
choses qu'on puisse entendre. L'appel des divinite? s infernales,
re? clamant une victime pour apaiser les morts, est exprime? avec
une force te? ne? breuse, une terreur souterraine qui semble nous
re? ve? ler des abi^mes sous nos pas. Sans doute on est sans cesse
ramene? a` l'admiration des sujets antiques, et jusqu'a` pre? sent
tous les efforts des modernes, pour tirer de leur propre fonds de
quoi e? galer les Grecs, n'ont point encore re? ussi; cependant il
faut atteindre a` cette noble gloire, car non-seulement l'imitation
s'e? puise, mais l'esprit de notre temps se fait toujours sentir
dans la manie`re dont nous traitons les fables ou les faits de
l'antiquite? . Collin lui-me^me, par exemple, quoiqu'il ait conduit
sa pie`ce de Polyxe`ne avec une grande simplicite? dans les pre-
miers actes, la complique vers la fin par une multitude d'inci-
dents. Les Franc? ais ont me^le? la galanteriedu sie`cle de Louis XIV
aux sujets antiques; les Italiens lestraitent souvent avec une
affectation ampoule? e; les Anglais, naturels en tout, n'ont imite? ,
sur leur the? a^tre, que les Romains, parce qu'ils se sentaient des
rapports avec eux. Les Allemands font entrer la philosophie
me? taphysique, ou la varie? te? des e? ve? nements romanesques,. dans
leurs trage? dies tire? es des sujets grecs. Jamais un e? crivain de
nos jours ne pourra parvenir a` composer de la poe? sie antique.
Il vaudrait donc mieux que notre religion et nos moeurs nous
cre? assent une poe? sie moderne, belle aussi par sa propre nature,
comme celle des anciens.
Un Danois, OEhlenschloeger, a traduit lui-me^me ses pie`ces eu
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? PIECES DU THEATRE ALLEMAND. 313
allemand. L'analogie des deux langues permet d'e? crire e? galement
bien dans toutes les deux, et de? ja` Baggesen, aussi Danois, avait
donne? l'exemple d'un grand talent de versification dans un
idiome e? tranger. On trouve dans les trage? dies d'OEhlenschloeger
une belle imagination dramatique. On dit qu'elles ont eu beau-
coup de succe`s sur le the? a^tre de Copenhague; a` la lecture, elles
excitent l'inte? re^t sous deux rapports principaux : d'abord , parce
que l'auteur a su quelquefois re? unir la re? gularite? franc? aise a` la
diversite? de situations qui plai^t aux Allemands, et secondement,
parce qu'il a repre? sente? d'une manie`re a` la fois poe? tique et vraie
l'histoire et les fables des pays habite? s jadis par les Scandi-
naves.
Nous connaissons a` peine le Nord, qui touche aux confins de
la terre vivante; les longues nuits des contre? es septentrionales,
pendant lesquelles le reflet de la neige sert seul de lumie`re a` la
terre; ces te? ne`bres qui bordent l'horizon dans le lointain, lors
me^me que la vou^te des cieux est e? claire? e par les e? toiles, tout
semble donner l'ide? e d'un espace inconnu, d'un univers nocturne
dont notre monde est environne? . Cet air, si froid qu'il conge`le le
souffle de la respiration, fait rentrer la chaleur dans l'a^me; et la
nature, dans ces climats, ne parai^t faite que pour repousser
l'homme en lui-me^me.
Les he? ros, dans les fictions de la poe? sie du Nord, ont quelque
chose de gigantesque. La superstition est re? unie, dans leur ca-
racte`re , a` la force, tandis que partout ailleurs elle semble le
partage de la faiblesse. Des images tire? es de la rigueur du climat
caracte? risent la poe? sie des Scandinaves : ils appellent les vau-
tours les loups de l'air; les lacs bouillants forme? s par les volcans
conservent pendant l'hiver les oiseaux qui se retirent dans l'at-
mosphe`re dont ces lacs sont environne? s: tout porte, dans ces
contre? es ne? buleuses, un caracte`re de grandeur et de tristesse.
Les nations Scandinaves avaient une sorte d'e?
nergie physique
qui semblait exclure la de? libe? ration, et faisait mouvoir la volonte?
comme un rocher qui se pre? cipite en bas de la montagne. Ce
n'est pas assez des hommes de fer de l'Allemagne, pour se faire
l'ide? e de ces habitants de l'extre? mite? du monde; ils re? unissent
l'irritabilite? de la cole`re a` la froideur perse? ve? rante de la re? solu27
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? 314 DE LA COME? DIE.
tion; et la nature elle-me^me n'a pas de? daigne? de les peindre en
poe`te, lorsqu'elle a place? dans l'Islande le volcan qui vomit des
torrents de feu du sein d'une neige e? ternelle.
OElenschloeger s'est cre? e? une carrie`re toute nouvelle, en pre-
nant pour sujet de ses pie`ces les traditions he? roi? ques de sa pa-
trie; et si l'on suit cet exemple, la litte? rature du Nord pourra
devenir un jour aussi ce? le`bre que celle de l'Allemagne.
C'est ici que je termine l'aperc? u que j'ai voulu donner des pie`-
ces du the? a^tre allemand, qui tenaient de quelque manie`re a` la
trage? die. Je ne ferai point le re? sume? des de? fauts et des qualite? s
que ce tableau peut pre? senter; il y a tant de diversite? dans les
talents et dans les syste`mes des poe`tes dramatiques allemands,
que le me^me jugement ne saurait e^tre applicable a` tous. Au reste,
le plus grand e? loge qu'on puisse leur donner, c'est cette diver-
site? me^me; car, dans l'empire de la litte? rature comme dans
beaucoup d'autres, l'unanimite? est presque toujours un signe
de servitude.
CHAPITRE XXVI.
De la come? die.
L'ide? al du caracte`re tragique consiste, dit W. Schlegel, dans
le triomphe que la volonte? remporte sur le destin, ou sur nos
passions; le comique exprime au contraire F'empire de l'ins-
tinct physique sur l'existence morale : de la` vient que par-
tout la gourmandise et lapoltronneriesont un sujet ine? puisable
de plaisanteries. Aimer la vie parai^t a` l'homme ce qu'il y a de
plus ridicule et deplus vulgaire, et c'est un noble attribut de
l'a^me que ce rire qui saisit les cre? atures mortelles, quand on leur
offre le spectacle d'une d'entre elles pusillanime devant la
mort. \
Mais quand on sort du cercle un peu commun de ces plaisan-
teries universelles , lorsqu'on arrive aux ridicules de l'amour-
propre, ils se varient a` l'infini, selon les habitudes et les gou^ts de
chaque nation. La gaiete? peut tenir aux inspirations de la nature
ou aux rapports de la socie? te? ; dans le premier cas, elle convient
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? DE LA COME? DIE. 315
aux hommes de tous les pays ; dans le second, elle diffe`re selon
les temps, les lieux et les moeurs; car les efforts de la vanite?
ayant toujours pour objet de faire impression sur les autres, il
faut savoir ce qui vaut le plus de succe`s dans telle e? poque et dans
tel lieu, pour connai^tre vers quel but les pre? tentions se dirigent:
il y a me^me des pays ou` c'est la mode qui rend ridicule, elle qui
semble avoir pour but de mettre chacun a` l'abri de la moquerie,
en donnant a` tous une manie`re d'e^tre semblable.
Dans les come? dies allemandes, la peinture du grand monde
est, en ge? ne? ral, assez me? diocre; il y a peu de bons mode`les
qu'on puisse suivre a` cet e? gard : la socie? te? n'attire point les
hommes distingue? s, et son plus grand charme, l'art agre? able
de se plaisanter mutuellement, ne re? ussirait point parmi eux;
on froisserait bien vite quelque amour-propre accoutume? a` vivre
en paix, et l'on pourrait facilement aussi fle? trir quelque vertu,
qui s'effaroucherait me^me d'une innocente ironie.
Les Allemands mettent tre`s-rarement en sce`ne dans leurs co-
me? dies des ridicules tire? s de leur propre pays; ils n'observent
pas les autres, encore moins sont-ils capables de s'examiner
eux-me^mes sous les rapports exte? rieurs; ils croiraient presque
manquer ainsi a` la loyaute? qu'ils se doivent. D'ailleurs la sus-
ceptibilite? , qui est un des traits distinctifs de leur nature, rend
tre`s-difficile de manier avec le? ge`rete? la plaisanterie; souvent ils
ne l'entendent pas, et quand ils l'entendent, ils s'en fa^chent, et n'osent pas s'en servir a` leur tour ; elle est pour eux une arme
a` feu qu'ils craignent de voir e? clater dans leurs propres mains.
On n'a donc pas beaucoup d'exemples en Allemagne de co-
me? dies dont les ridicules que la socie? te? de? veloppe soient l'objet.
L'originalite? naturelle y serait mieux sentie, car chacun vit a`
sa manie`re, dans un pays ou` le despotisme de l'usage ne tient
pas ses assises dans une grande capitale ; mais quoique l'on soit
plus libre sous le rapport de l'opinion en Allemagne qu'en An-
gleterre me^me, l'originalite? anglaise a des couleurs plus vives,
parce que le mouvement qui existe dans l'e? tat politique en An-
gleterre donne plus d'occasions a` chaque homme de se mon-
trer ce qu'il est.
Dans le midi de l'Allemagne , a Vienne surtout, on trouve
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? 316 DE LA COME? DIE.
assez de verve de gaiete? dans les farces. Le bouffon tyrolien Casperle a un caracte`re qui lui est propre; et dans toutes ces pie`-
ces , dont le comique est un peu vulgaire, les auteurs et les
acteurs prennent leur parti de ne pre? tendre en aucune manie`re
a` l'e? le? gance, et s'e? tablissent dans le naturel avec une e? nergie et
un aplomb qui de? jouent tre`s-bien les gra^ces recherche? es. Les Al-
lemands pre? fe`rent dans la gaiete? ce qui est fort a` ce qui est nuance? ;
ils cherchent la ve? rite? dans les trage? dies, et les caricatures dans
les come? dies. Toutes les de? licatesses du coeur leur sont connues;
mais la finesse de l'esprit social n'excite point en eux la gaiete? ;
la peine qu'il leur faut pour la saisir leur en o^te la jouissance.
J'aurai l'occasion de parler ailleurs d'iffland , le premier des
acteurs de l'Allemagne, et l'un de ses e? crivains les plus spiri-
tuels; il a compose? plusieurs pie`ces qui excellent par la pein-
ture des caracte`res; les moeurs domestiques y sont tre`s-bien
repre? sente? es, et toujours des personnages d'un vrai comique
rendent ces tableaux de famille plus piquants : ne? anmoins l'on
pourrait faire quelquefois a` ces come? dies le reproche d'e^tre trop
raisonnables; elles remplissent trop bien le but de toutes les
e? pigraphes des salles de spectacle : Corriger lesmoeurs enriant.
Il y a trop souvent des jeunes gens endette? s, des pe`res de fa-
mille qui se de? rangent. Les lec? ons de morale ne sont pas du
ressort de la come? die, et il y a me^me de l'inconve? nient a` les y
faire entrer; car lorsqu'elles y ennuient, on peut prendre l'habi-
tude de transporter dans la vie re? elle cette impression cause? e par
les beaux-arts.
Kotzebue a emprunte? d'un poe`te danois, Holberg, une co-
me? die qui a eu beaucoup de succe`s en Allemagne : elle est inti-
tule? e Don Ranudo Colibrados j c'est un gentilhomme ruine? qui
ta^che de se faire passer pour riche, et consacre a` des choses d'ap-
parat le peu d'argent qui suffirait a` peine pour nourrir sa famille
et lui. Le sujet de cette pie`ce sert de pendant et de contraste au
Bourgeois de Molie`re, qui veutse faire passer pour gentilhomme:
il y a des sce`nes tre`s-spirituelles dans le Noble pauvre ; et me^me
tre`s-comiques, mais d'un comique barbare. Le ridicule saisi
par Molie`re n'est que gai; mais au fond de celui que le poe`te da-
nois repre? sente, il y a un malheur re? el : sans doute-il faut
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? DE LA COMEDIE. 317
presque toujours une grande intre? pidite? d'esprit pour prendre
la vie humaine en plaisanterie, et la force comique suppose un
caracte`re au moins insouciant ; mais on aurait tort de pousser
cette force jusqu'a` braver la pitie? ; l'art me^me en souffrirait,
sans parler de la de? licatesse; car la plus le? ge`re impression d'a-
mertume suffit pour ternir ce qu'il y a de poe? tique dans l'abandon de la gaiete? .
Dans les come? dies dont Kotzebue est l'inventeur, il porte en
ge? ne? ral le me^me talent que dans ses drames, la connaissance du
the? a^tre et l'imagination qui faittrouver des situations frappantes.
Depuis quelque temps on a pre? tendu que pleurer ou rire no
prouve rien , en faveur d'une trage? die, ou d'une come? die; je
suis loin d'e^tre de cet avis : le besoin des e? motions vives est la
source des plus grands plaisirs cause? s par les beaux-arts; il ne
faut pas en conclurequ'on doive changerles trage? dies en me? lo-
drames, ni les come? dies en farces des boulevards; mais le ve? ri-
table talent consiste a` composer de manie`re qu'il y ait dans le
me^me ouvrage, dans la me^me sce`ne, ce qui fait pleurer ou rire
me^me le peuple, et ce qui fournit aux penseurs un sujet ine? -
puisable de re? flexion.